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Jeu collectif

 

J'AI dû vous dire une fois ou deux que j'étais musulman mais en réalité, j'adhère pas vraiment à la religion, vous savez docteur. Pas seulement parce que je vends de la drogue. L'un et l'autre sont pas franchement incompatibles. Mais simplement parce que ça changerait pas ma vie et ça me rendrait pas plus heureux si j'allais à la mosquée pour prier cinq fois par jour.

Quand j'vois des anciens potes à moi, le genre converti qui me donne des leçons de morale et jugent ma conduite ça me fait un peu marrer. C'est vraiment me prendre pour un con que de se la jouer bon musulman alors que par le passé, ces mêmes gars étaient les pires crapules que la société pouvait compter. La plupart ont fait de la zonzon et aucun n'a eu une enfance et une adolescence exemplaires.

Je me rappelle une nuit qu'on sortait de boîte. On avait réussi à rentrer à six : deux filles, quatre mecs ; et on s'était retrouvé dans la caisse à Kamel, les quatre mecs, un fond de bouteille de sky et une fille que Mounir avait pécho. Les deux autres filles, des filles de la cité, on les avait lâchées dans la boîte sans trop se préoccuper de ce qu'elles pouvaient faire et de comment elles allaient rentrer.

Mounir avait le don pour alpaguer des raclis de la haute. Genre bourgeoise qui vit à Paris dans le 8 ou dans le 16. Avec ses yeux bleus délavés de Kabyle, son look mi-pédé mi-rebelle, il emballait sans trop d'effort. La fille se tenait à l'arrière, entre moi et Mounir. Elle avait pas mal bu et rigolait tout le temps. Surtout parce que Mounir n'arrêtait pas de la peloter et ça avait l'air de lui plaire.

Je dois vous prévenir docteur qu'à ce moment, j'étais loin de m'imaginer ce que ces trois lascars projetaient de faire avec la fille. Ils me mettaient rarement dans leurs coups foireux, ils savaient que question femelle j'étais du genre timide ; c'est pour ça qu'avant de sortir de boîte Kamel m'avait demandé si je voulais pas rester avec les autres filles pour les ramener à la cité. J'avais refusé, moi je voulais rentrer et je pensais qu'eux aussi allaient rentrer. En plus je voyais pas avec quoi j'allais les ramener les filles. M'être tapé la grosse Samia sur les genoux pendant l'aller m'avait suffi.

Kamel nous avait conduis dans un coin paumé de la banlieue. Un terrain vague désert pas très loin d'une autoroute. Kamel et Nico ont avancé leur siège et sont sortis de la voiture. Mounir m'a fait comprendre qu'il voulait que je le laisse seul à l'arrière avec la fille et je suis donc sorti. On a fini la bouteille et on s'est allumé un joint pendant que la voiture remuait de tous les côtés. Au début, on entendait la fille rigoler puis les rires s'étaient changé en une espèce de sanglot. Je pensais alors qu'elle devait prendre son pied. Je me disais que quand ce serait fini on allait rentrer à la cité, j'avais vraiment envie de pioncer. Après un moment Mounir est sorti, il a refermé la portière et s'est avancé vers Nico. Il lui a pris le joint des mains et lui a filé une tape sur l'épaule en rigolant. Nico est rentré dans la caisse à l'arrière et il a remis ça sur la fille. J'hallucinais. Je commençais à voir clair dans leur jeu. Ils avaient fait tout ce putain de chemin dans la banlieue pour venir se tirer une salope de Paris dans un terrain vague. J'ai pensé me casser, j'avais pas l'intention de rester et encore moins me taper cette pétasse, cette situation était loin de me faire bander. Pendant que je m'interrogeais sur ce que j'allais faire, Nico est sorti et a changé le rôle avec Kamel. On n'a rien entendu pendant quelques minutes et puis la fille s'est mise à pousser un cri qui m'a remonté le cœur. Je suis pas vraiment du genre émotif, dans les films de violence, je trouve mon compte mais là je dois dire que je me suis senti un peu mal.

« Putain, mais qu'est-ce qu'il est en train de lui faire », j'ai demandé. Les deux lascars ont explosé de rire. Mon portable a sonné et je me suis éloigné pour répondre. A n'importe quelle heure, y a toujours un toxico pour vous demander de le livrer et si vous faites pas gaffe de couper votre mobile, vous êtes réveillés en plein milieu de la nuit. Un type que j'avais jamais entendu mais qui prétendait être une connaissance à une de mes connaissances commença à me demander combien je pouvais lui fournir de barrettes pour la semaine qu'arrivait. J'écoutais que d'une oreille parce que j'étais revenu à la voiture pour voir ce qui s'y passait. Les vitres à l'arrière étaient teintées, j'entendais des fois Kamel qui gueulait des trucs de dingues mais je pouvais pas voir ce qui se passait réellement à l'intérieur. Je suis allé à l'avant et j'ai regardé. Je voyais vaguement Kamel, la fille lui tournait le dos. Ce fils de pute la prenait par derrière et à l'entendre gueuler comme ça, la fille, il avait du choisir une voie pas très naturelle si vous voyez ce que je veux dire. Le gars au téléphone avait dû entendre et il me demanda : « Tu fais quoi, là, c'est pas une meuf qu'est en train de gueuler !

— T'inquiète, je lui ai répondu. Moi et des potes, on matte un film de boules. »

Le mec a éclaté de rire puis j'ai abrégé la conversation. Je commençais à chopper les boules parce que je réalisais que ces trois enculés venaient de commettre un viol collectif et que moi, je me retrouvais engrené dans leur sale histoire.

Kamel est sorti. Gros sourire. Il s'est éloigné de nous et on l'a entendu pisser tout en sifflant. Il est revenu en reboutonnant son froc, laissant derrière lui une brume qui s'élevait du sol ; il était content de lui. Mounir est venu vers moi et m'a sorti : « Abdel, tu peux y aller si tu veux !

— Je passe pas derrière des mecs », j'ai déclaré.

Il s'est contenté de sourire en balançant un « Bidon ! » puis il est monté à l'avant de la caisse.

La fille était toujours à l'intérieur, Kamel avait laissé la portière ouverte, son cul blanc comme la lune luisait dans l'obscurité. Et je l'entendais. Elle chialait toujours. Je me suis penché vers elle et je lui ai demandé de se rhabiller. On allait la ramener à la boîte. Elle m'a même pas regardé, son visage était un sale mélange de Rimel, de fard et de rouge à lèvres, et ses cheveux blonds collaient contre la vitre de la portière. Pas beau l'état dans lequel ils l'avaient mise, la fille. Mais je m'en foutais un peu, ce qui me préoccupait c'était la sale odeur de sperme qu'on pouvait sentir à l'intérieur de la caisse, mélangée à celle de la clope et d'un restant d'alcool. J’ai réalisé que ces connards avaient pointé cette meuf sans capote. Tout ça me donnait une sacrée envie de gerber et la fille, à côté qui n'arrêtait pas de pleurer me tapait sur les nerfs, je me retenais de lui gueuler d'arrêter ça. Seulement, j'avais un peu pitié.

Avant de la larguer près de l'entrée de la boîte, Mounir est sorti de la voiture avec elle et l'a accompagnée un bout de chemin en entourant son bras autour de son cou et en lui parlant tout bas. Il est resté un moment avec elle. Je l'ai vu pianoter son portable, sûrement pour noter les coordonnée de la fille, ensuite, il l'a l'embrassée et lui a caressé le visage. D'où j'étais, j'avais l'impression que ça avait l'air de la réconforter un peu. Du coup, je me suis dis que la fille ne regrettait pas finalement. Mounir est revenu à la voiture, la fille s'est éloignée, d'une démarche de camée, elle s'est dirigée vers le parking où elle avait dû laisser sa voiture. Comme elle était, elle risquait de faire un crash mais je vous avouerais que j'en avais strictement rien à carrer. Déjà qu'on avait été sympa de la ramener à sa voiture. Moi, je voulais qu'une chose, rentrer et me pieuter.

Au moment où Kamel a mis le contact, j'ai entendu les trois mecs brailler d'une seule voix : « SALOOOOOOOPE ! » et on s'est tous marré. Après je me rappelle plus.

 

Plus de deux ans se sont écoulés depuis cette nuit. Je me trouve dans une rue pavillonnaire à Vitry. Je porte mon casque et je suis prêt à démarrer mon scooter quand au bout de la rue apparaît un couple. Un barbu devant, une femme voilée derrière. Comme au bled. Je les matte une minute sans trop penser à rien quand ils passent et c'est à ce moment que le visage du mec a percuté mes neurones. C'était Kamel, ce bâtard était méconnaissable avec sa grosse barbe d'islamiste mais il avait toujours gardé son regard noir de psychopathe.

« Hé ! Madame ! Si vous saviez ! J'ai bien connu votre honorable et pieux époux par le passé avant que la grâce de Dieu ne le remette sur les rails et l'incite à courber l'échine en direction de la Mecque cinq fois par jour. Lui et moi et quelques unes des pourritures qui pullulent dans nos bonnes vieilles cités de banlieue, on s'adonnait aux tournantes sur des filles tout juste majeures. Ah ! Bon, vous ne saviez pas ? Et vous ne connaissiez pas non plus sa grande spécialité ? Comme tout bon comédien qui se respecte, cette salope passe par l'entrée des artistes !. »

Docteur, on a des fois l'envie de balancer des trucs. on se dit qu'on a assez de couilles pour le faire. et puis. on se dit « à quoi bon ! » le mieux est de passer son chemin, s'esquiver et plus penser à rien.

J'ai démarré. Ces souvenirs m'avaient rendu morose. Le soir, je me suis tapé un ciné, pour me changer les idées.


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