La Galerie des Visages Inventés – Portraits de ce qu’on aurait pu devenir

17 juin 2025

Par Cobra

Je ne sais plus si je me suis inventé ce que j’ai ressenti…
ou si j’ai ressenti ce que j’ai inventé.


La Galerie est silencieuse comme un mensonge bien formulé.
Ses murs sont faits de reflets, de contours flous, de cadres suspendus dans le vide.
Cobra entre sans bruit, les mains dans les poches, les yeux mi-clos.
Il sait que l’endroit est habité de faux lui-mêmes, de figures créées à l’intersection du manque et de l’imaginaire.


Chaque salle expose :

– Des autoportraits de Cobra enfant, adulte, jamais né, jamais fini.
– Des visages d’amants projetés, dessinés à partir de phrases jamais entendues.
– Des reflets composites, nés de ce que les autres ont cru voir en lui.


Un écriteau signale :

“Ici sont conservés les visages qu’on a portés trop longtemps,
et ceux qu’on a refusé de montrer.”


Dans une alcôve vitrée :
Le Visage de Celui Qui Va Bien.
Toujours souriant. Toujours sûr.
Cobra le regarde longtemps, puis souffle :

— Celui-là m’a fatigué plus que tous les autres.


Plus loin, suspendu dans une lumière instable :
Le Visage de l’Homme Aimé Juste Assez.
Ni trop. Ni pas assez.
Conçu pour ne pas effrayer, pour ne pas déranger.
Un masque taillé à même le compromis.


Au fond de la galerie, une porte entrouverte :
Salle des Visages Qu’on a Prêtés aux Autres.
Des êtres chers y apparaissent, déformés par les attentes, maquillés par la nostalgie.
On y voit celle qu’on a appelée “âme sœur”… mais qui n’avait jamais voulu ce rôle.


Cobra sort un carnet.
Il note :

“J’ai toujours eu peur d’être vu trop clair.
Alors j’ai préféré briller par fragments.”


Sur un miroir fissuré, une phrase griffonnée :

“Quand tu n’as pas de visage fixe,
tu peux te faufiler dans tous les rôles —
mais tu ne t’appartiens plus vraiment.”


Avant de quitter les lieux, Cobra s’arrête devant un cadre vide.
Une plaque indique :
“Celui que tu n’as pas encore osé devenir.”

Il le regarde longuement.
Et pour une fois, il ne dit rien.


🜃 La Galerie des Visages Inventés n’est pas un musée.
C’est un théâtre muet où l’on expose ce qu’on a cru devoir être pour exister.

— C.