Les Fins Qui N’Ont Pas de Début

18 juin 2025

Par Cobra

« Je ne sais pas quand c’est fini.
Parce que je ne sais pas quand ça a commencé. »

Il y a des histoires qu’on raconte à l’envers.
Parce qu’on ne les a pas vues venir.
Parce qu’elles sont nées sans cris, sans pacte, sans date.

Et pourtant,
elles sont mortes.
Doucement.
En silence.

Cobra marche dans un couloir de mémoire.
Pas de photos.
Pas de noms.
Seulement des fragments :
le coin d’une table,
une lumière sur une épaule,
un mot retenu avant même d’être pensé.

Il cherche le moment où ça a commencé.
Mais il ne trouve rien.
Rien de clair.
Juste une sensation floue d’avoir été dans quelque chose.
Et maintenant… plus rien.

Il n’y a pas eu de rencontre officielle.
Juste un glissement.
Une proximité qui s’est installée,
sans qu’on la nomme,
sans qu’on s’engage.

Mais elle a compté.
Elle a nourri l’imaginaire.
Elle a remué quelque chose.

Et un jour, elle n’a plus été là.

C’est ça, une fin sans début.
Tu n’as rien à enterrer,
rien à regretter concrètement.
Mais tu ressens une perte,
presque honteuse,
parce qu’elle ne s’appuie sur rien de tangible.

Cobra se souvient de cette femme.
Ils se sont parlé souvent,
jamais longtemps.
Mais il y avait ce fil invisible entre leurs phrases.
Une promesse qui n’osait pas dire son nom.

Puis les silences sont devenus plus longs que les mots.
Et un jour, elle n’a plus répondu.

Il n’a jamais su si c’était le hasard, la peur, ou juste la vie.

Mais il s’est surpris à penser à elle
comme on pense à un fantôme qu’on a jamais vraiment rencontré.

Certaines fins n’ont pas de début parce qu’elles étaient à peine des commencements.
Des frémissements.
Des esquisses.

Elles n’ont pas existé dans le monde réel.
Mais elles ont laissé une empreinte.

“J’ai souffert d’un adieu
que personne n’avait eu le courage d’inventer.”

C’est peut-être ça, le plus déroutant.
Souffrir sans preuve.
Sans objet.
Sans passé commun sur lequel poser sa peine.

Juste un vide.
Un goût.
Une question qui ne se formule même pas.

Dans les tiroirs mentaux de Cobra,
il y a des noms écrits à moitié.
Des souvenirs sans date.
Des sensations sans justification.

Et pourtant,
ils l’ont marqué plus que bien des relations complètes.

Parce que ces fins sans début laissent en nous
un sentiment d’incomplétude permanente,
comme une mélodie qui s’est tue avant sa note finale.

On n’y pense pas souvent.
Mais quand le silence revient,
elles remontent.
Avec leur tendresse floue.
Avec leur blessure élégante.

“Tu n’étais rien,
et pourtant j’ai perdu quelque chose quand tu es parti.”

Cobra n’a jamais parlé de ces absences-là.
Elles sont trop petites pour qu’on s’en plaigne,
trop grandes pour qu’on les ignore.

Alors il les écrit.
À l’encre d’absence.
Dans un carnet sans page de garde.
Ni date.

Et dans un souffle, il note :

“On croit qu’il faut vivre quelque chose pour en pleurer la perte.
Mais parfois, c’est précisément ce qu’on n’a pas vécu qui nous hante le plus.”

— C.