Il ne s’affiche sur aucune carte.
Il apparaît quand la mémoire devient trop lourde pour être portée seule.
Cobra le découvre au détour d’un soupir.
Une façade ancienne, élégante et délavée.
Des vitres qui pleurent lentement de la buée.
Au-dessus de l’entrée :
Hôtel des Regrets Réservés – Accueil 24h/24, sauf quand il est trop tard.
Il entre.
La réceptionniste ne le regarde pas.
Elle lui tend une clef sans mot.
Chambre 26A.
Sur l’étiquette :
“Le moment où tu as préféré partir.”
Il hausse un sourcil.
— J’en ai plusieurs comme ça.
Elle répond doucement :
— Celle-là, c’est celle que tu fais semblant de ne plus sentir.
Les couloirs sont feutrés, tapissés d’échos contenus.
On entend des rires étouffés, des portes qui grincent, des excuses chuchotées à travers les murs.
Chaque chambre porte le nom d’un regret.
Pas de numéro.
Juste des phrases.
“Si j’avais dit oui…”
“Si j’avais osé lui écrire…”
“Si j’avais attendu une minute de plus…”
Il ouvre la porte de la 26A.
La pièce est exactement comme dans son souvenir.
Le même fauteuil.
Le même silence.
La même lumière de fin d’après-midi.
Elle est là.
Pas vraiment elle.
Une silhouette.
Un reflet de ce qu’il n’a pas eu la force d’embrasser.
Elle le regarde.
Pas de colère.
Seulement cette douceur cruelle : celle des choses trop vraies pour être répétées.
Il ne dit rien.
Il s’assoit.
Elle ne bouge pas.
Elle n’a jamais bougé.
Dans le tiroir de la table de nuit : une lettre.
Non datée.
Écrite dans son écriture.
Il lit :
“Tu n’as pas eu tort. Tu as eu peur.
Et c’est pire, mais c’est humain.
Je te pardonne.
Essaie de te pardonner aussi.”
Il pleure. Une larme. Pas plus.
C’est déjà trop.
Il ressort.
Au rez-de-chaussée, une autre porte :
Bar des regrets collectifs.
Des gens y boivent en silence.
Ils n’échangent pas leurs souvenirs.
Ils trinquent à ce qu’ils ne seront jamais.
Cobra les regarde.
Il n’entre pas.
Pas ce soir.
Avant de partir, il dépose un mot dans le livre d’or :
“J’ai dormi dans ma faille. Et j’en suis ressorti avec un peu de moi resté dedans.”
Et la réceptionniste, sans lever les yeux, répond :
— C’est le principe.