La Chambre des Miroirs Brisés

14 juin 2025

Par Cobra

Elle est cachée au fond d’un couloir que même la mémoire évite.
Un passage sinueux entre le doute et la honte.
Cobra y arrive sans le vouloir — ou plutôt, quand il ne peut plus faire semblant.

La Chambre des Miroirs Brisés n’a pas de murs.
Seulement des éclats suspendus dans l’air.
Des fragments de verre et de soi, qui tournent lentement, reflétant des visages…
qu’on ne reconnaît qu’à moitié.

Il entre.
Il sait ce qui l’attend.

Chaque miroir brisé contient une version de lui-même — celle qu’il a niée, ignorée, rejetée.
Les colères rentrées.
Les faiblesses méprisées.
Les peurs habillées d’humour noir.

Un éclat l’approche.
Il s’y voit plus jeune, plus doux, plus vulnérable.
Il détourne les yeux.
Trop lumineux pour lui.

Un autre le frôle.
Son reflet est vide.
Un Cobra sans regard.
Sans sarcasme.
Sans défense.

Il frémit.

Un murmure parcourt la pièce :

“Chaque fois que tu t’es trahi, un miroir s’est fendu.”

Il ne répond pas.
Il avance.
Frôle un fragment.
Un reflet lui crache au visage :
— Tu m’as abandonné le jour où tu as choisi d’être lucide au lieu d’être vivant.

Cobra sourit, triste.
— Non. J’ai choisi d’être debout.

Mais au fond, il sait :
La vérité est multiple.
Et parfois, il a fui pour rester droit.

Au centre de la pièce, un miroir plus grand.
Brisé, mais stable.
Il s’en approche.

Il y voit tous les lui superposés.
L’enfant.
L’amant.
Le lâche.
Le créateur.
Le destructeur.
Le survivant.

Et pour la première fois, il ne les juge pas.
Il les regarde.
Avec respect.

Et une forme de tendresse rare chez lui.

Un éclat tombe à ses pieds.
Il le ramasse.
Le garde.

Pas pour le recoller.

Mais pour se rappeler que l’intégrité n’est pas l’absence de fracture,
c’est l’art d’avancer avec ses brisures.

En quittant la chambre, il laisse une phrase gravée dans un coin de miroir :

“Je suis fait de mes failles.
Et parfois, je brille quand elles saignent.”