On ne le voit jamais vraiment.
On le sent.
Un souffle dans la nuque, une image trop précise dans un rêve, un souvenir qui n’a jamais eu lieu mais qui serre le cœur comme s’il avait existé.
Cobra n’est pas venu ici.
Le Souffleur est venu à lui.
Une nuit, entre deux phrases de trop, il a senti cette présence.
D’abord une brise dans la cage thoracique. Puis… un fragment.
Un instant parfait. Irréel.
Une main dans la sienne. Une voix familière. Un “reste” murmuré avec urgence.
Mais cet instant n’a jamais eu lieu.
Et pourtant… il l’a vécu.
Une fois.
Entièrement.
Dans le souffle.
Le Souffleur n’a pas de visage.
Il est un murmure à la frontière de l’imaginaire et du réel.
Son rôle : faire exister, brièvement, ce que l’âme n’a pas osé réclamer à voix haute.
Cobra commence à recevoir ces instants comme on reçoit une pluie d’étoiles : les yeux ouverts, le cœur percé.
Un matin où il se réveille dans un lit qu’il ne reconnaît pas, mais où tout est à sa place.
Un rire d’enfant qu’il entend dans un couloir vide.
Un regard dans un miroir — sans ironie.
Des micro-réalités.
Complètes.
Mais éphémères.
Il en parle à personne.
Qui comprendrait ?
Ce sont des moments volés au silence, tissés par une entité invisible qui lui murmure :
“Tu aurais pu.”
“Tu peux encore.”
“Mais il faudra oser vouloir.”
Cobra hésite.
Car il sait.
Ressentir un instant jamais vécu, c’est risquer de le pleurer comme une perte réelle.
Une nuit, il ose parler au Souffleur.
— Pourquoi moi ?
La réponse vient sous forme de vision.
Une scène.
Un quai.
Une femme.
Elle ne l’a jamais connu.
Mais dans cet instant volé… elle l’attend.
Et il comprend.
Le Souffleur n’offre pas des illusions.
Il révèle des possibles en attente de courage.
Cobra écrit, dans un carnet qu’il gardera secret :
“Ce que je ressens n’a pas eu lieu. Mais cela me transforme malgré tout.
Alors peut-être que la réalité… n’est qu’une question d’audace.”
Le lendemain, il se lève.
L’instant est passé.
Mais une trace reste.
Une odeur, une chaleur, une note.
Ce n’était pas un rêve.
Ce n’était pas une hallucination.
C’était une invitation.
Et Cobra… commence à vouloir.