Les Dunes de l’Inavoué – Là où le silence devient forme

17 juin 2025

Par Cobra

Je n’ai pas menti.
J’ai juste… laissé le sable recouvrir ce que je ne pouvais pas dire.


Les Dunes de l’Inavoué ondulent sans cesse.
Rien n’y reste en place.
Les traces qu’on y laisse sont aussitôt effacées — sauf celles qui persistent dans le creux de la poitrine.

Cobra y marche souvent au crépuscule.
C’est l’heure où les ombres ressemblent à des pensées qu’on ne nomme pas.


À l’entrée du désert, une inscription :

“Ce qui n’a pas été dit a pourtant laissé des cicatrices.”


Le vent y transporte des mots inachevés :
– “Je t’aim…”
– “J’aurais dû…”
– “Mais si je le disais…”
– “Et si elle savait…”

Ils volent, s’effacent, puis reviennent en spirales douloureuses.


Certains voyageurs, dit-on, s’enlisent dans les Sables du Presque-Avoué.
On les entend encore murmurer la nuit :

“Je ne voulais pas blesser.”
“Je pensais que tu comprendrais.”
“C’était trop grand pour ma bouche.”


Cobra collecte parfois des pierres noires enfouies sous la surface.
Sur chacune, un mot jamais prononcé.
Il en possède une centaine.
Mais ne les lit que les soirs d’orage.


Au cœur des dunes, se trouve la Tente des Vérités Mues.
On y entre seul.
On s’y assied face à un miroir flou.
Et ce que l’on n’a jamais dit apparaît…
… non pas écrit, mais ressenti.

Un frisson. Une tension dans la nuque.
Un battement accéléré.
Une larme sans cause directe.


Cobra a noté un jour :

“Ce que je n’ai pas dit a continué à vivre en moi,
comme une graine sans lumière.
Ça n’a pas fleuri,
mais ça m’a occupé l’âme.”


Avant de quitter les Dunes, il écrit dans le sable :

“Je ne t’ai jamais dit que je t’aimais.
Mais chaque silence parlait en mon nom.”

Le vent l’efface.
Mais Cobra se souvient de chaque mot perdu.


🜂 Les Dunes de l’Inavoué ne blessent pas.
Elles rappellent doucement ce que l’on a refusé de laisser vivre.

— C.