Il existe des pays qui ne figurent sur aucune carte.
Des territoires intérieurs, mouvants, instables — où l’on entre par une phrase, un frisson ou un rêve inachevé.
Cobra s’y perd souvent. Et parfois, il y dresse une carte. Non pour s’y retrouver, mais pour ne pas oublier qu’il s’y est déjà perdu.
Dans son bureau rempli de brouillons et de soupirs, Cobra esquisse des continents d’émotions, des rivières de pensées non exprimées, des déserts de décisions ajournées.
Sur ses cartes mentales, il y a :
– La Mer des Presque,
où flottent les gestes inaboutis,
les regards esquivés,
les mains tendues trop tard.
– Le Plateau des Convictions Craquelées,
où chaque certitude marche sur une fine couche de glace.
– La Forêt des Rumeurs Intérieures,
peuplée de voix que l’on croit siennes,
mais qui ont été plantées là, un jour, sans consentement.
– Les Falaises du “Si J’avais…”,
où Cobra s’assoit parfois pour regarder le vide avec tendresse.
Chaque lieu mental est un écho.
Un palimpseste.
Une tentative — absurde et magnifique — de mettre des boussoles dans un monde qui tourne selon d’autres lois.
Celles du souvenir.
De l’intuition.
Du doute.
Cobra ne trace pas ses cartes pour savoir où aller.
Il les trace pour honorer ce qui ne se laisse pas nommer.
Pour transformer le chaos en paysage,
et le trop-plein en géographie habitable.
Parfois, il colorie à l’encre d’insomnie un archipel qu’il appelle “Les Soi Possibles”.
D’autres fois, il rature un continent entier :
“Trop de certitudes, pas assez de ciel.”
Cartographier l’indicible, c’est oser dire :
“Je ne comprends pas tout,
mais je sais à peu près où ça fait mal.”
Et si la carte ne correspond jamais tout à fait au territoire,
au moins aura-t-elle été une tentative de dialogue entre l’intérieur et le visible.
🜁 Ceci n’est pas un plan.
C’est une mémoire repliée en topographie.
— C.