La Montagne du Trop-Tard – Ascension en Retard Majeur

16 juin 2025

Par Cobra

On ne gravit pas cette montagne avec des crampons.
On la gravit avec des soupirs.


La Montagne du Trop-Tard ne figure sur aucune carte fiable.
Elle s’élève lentement dans l’arrière-pays du cœur, là où le temps s’effiloche et se mord la queue.
Cobra la connaît bien.
Il y monte parfois les poches pleines de “si seulement” et les mains vides.


Les sentiers sont étroits.
On y trébuche sur des instants oubliés, on glisse sur des décisions ajournées.
Chaque panneau indique une destination qu’on ne peut plus atteindre :

“Il fallait le dire.”
“Tu aurais pu rester.”
“Tu n’as pas répondu à temps.”


Au premier palier, on trouve les Campements des Réponses Tardives.
Des tentes effondrées.
Des lettres jamais envoyées, empilées comme du bois humide.
Et ce silence figé qui suinte dans l’air comme une bruine éternelle.


Plus haut, le Refuge des Moments Rattrapés Trop Tard.
Une bâtisse bancale, habitée par des versions de nous-mêmes qui arrivent en courant…
… alors que tout est déjà fini.

— Je suis là maintenant.
— Mais ce “maintenant” est passé depuis longtemps.


Cobra s’y arrête souvent.
Il y boit une gorgée d’eau de regret.
Elle a un goût d’orage sec.


Au sommet : Le Belvédère du Rien À Faire.
On y voit tout ce qui aurait pu être.
Des possibles en contrebas.
Des routes qui bifurquent à l’infini.

Mais rien n’y pousse.
Rien n’y respire.
Seulement l’écho du vent qui murmure :

“Trop tard.
Mais au moins, tu es venu voir.”


Cobra s’assoit sur un rocher creux.
Et grave ces mots sur un bout d’ardoise mentale :

“Ce n’est pas le passé qui me pèse.
C’est tout ce que je n’ai pas osé en temps utile.”

Puis il redescend. Lentement.
Avec un caillou de plus dans sa poche.
Et un peu moins d’arrogance dans le pas.


🜄 La Montagne du Trop-Tard n’exige pas qu’on la conquière.
Elle demande juste qu’on l’honore sans excuses.

— C.