Cobra l’a trouvée par hasard.
Enfin, autant que le hasard existe dans un monde où chaque détour semble avoir été dessiné par une conscience moqueuse.
Elle l’attendait, posée sur une table bancale au milieu d’un désert intérieur, dans une pièce sans murs. Une lampe, ancienne, orientale, couverte de poussière et de rires effacés.
Pas de génie. Pas de fumée bleue.
Mais une voix. Froide. Lointaine. Douce comme une mère qui s’excuse en souriant trop tard.
— Fais un vœu, Cobra.
Il rit.
— Je ne crois plus à ça depuis longtemps.
— Ce n’est pas une question de foi. Je t’offrirai exactement ce que tu n’as jamais demandé.
Cobra plisse les yeux.
— Alors ce n’est pas un souhait. C’est une condamnation.
La lampe ne répond pas. Elle brille doucement, comme si elle savait qu’il craquerait.
Premier souhait. Non souhaité.
Le monde autour de lui s’adoucit.
Le ciel devient paisible. Des gens le saluent avec bienveillance. Une femme l’embrasse comme s’il avait toujours été attendu.
On lui offre une maison. Un avenir stable. Des enfants sans cris. Une vie.
Il hurle.
Pas de douleur. Juste un vide trop plein.
Il comprend : la lampe lui donne la vie qu’il aurait crue vouloir s’il avait renoncé à penser.
Il arrache le décor comme on déchire un rêve lucide. La lampe réapparaît.
— Tu veux recommencer ?
— Donne-moi quelque chose d’authentique.
— Très bien.
Deuxième souhait. Encore non souhaité.
Il se retrouve enfant.
Sept ans. Dans une chambre sans livres, avec un père absent et une mère fatiguée.
Mais cette fois, il sait. Il se souvient de tout. Il est à la fois Cobra adulte, et Cobra enfant.
Il tente de changer les choses. Parle différemment. Pleure au bon moment. Demande de l’amour avec une lucidité d’adulte.
Mais rien n’y fait.
On lui répond avec les gestes anciens. On l’ignore avec une tendresse automatique.
Le destin est une boucle. Pas un dialogue.
Quand il quitte la scène, le cœur nu, la lampe l’attend encore.
— Tu m’as menti.
— Je t’ai exaucé.
— Tu ne donnes pas ce qu’on veut. Tu donnes ce qu’on a peur de désirer.
— Exact. C’est là que résident les vrais vœux.
Il s’assied. Essoufflé.
Cobra le Cynique. Fatigué. Presque tendre. Pour une seconde.
Il murmure :
— Et si je voulais ne plus jamais vouloir ?
— Ce serait ton dernier souhait.
La lampe clignote. S’éteint.
Et le monde devient… stable.
Pas heureux.
Pas triste.
Juste… stable.
Un monde sans désir. Sans élan. Sans manque.
Le silence est parfait.
Trop parfait.
Cobra se lève d’un bond.
Il court, renverse une chaise mentale, fracasse la lampe invisible contre le sol.
Un hurlement le traverse. Le sien. Celui qu’il n’avait jamais osé formuler :
“Je préfère souffrir d’espérer que mourir de renoncer.”
Et à cet instant… la lampe disparaît. Pour de bon.
Il se retrouve assis sur une dune de sable de pensée.
La lampe n’est plus.
Mais dans sa main, une étincelle.
Un embryon de désir. Minuscule. Mais vrai.
Il le glisse dans la poche intérieure de son manteau. Là où il garde les choses trop fragiles pour le monde.
Et il reprend la route.
Dans le sable, une inscription scintille quelques secondes avant de s’effacer avec le vent :
“La vérité n’exauce rien. Elle révèle ce que tu étais prêt à te refuser.”