Ce n’est pas que je ne veux pas y aller.
C’est juste que j’ai mille raisons d’y aller… plus tard.
Le Golfe de l’Évitement ressemble à une baie paisible, presque séduisante.
Son eau est calme, son sable tiède.
Mais on s’y enlise sans bruit.
Car tout ici est fait pour ne pas affronter.
Cobra y accoste avec son esquif de justifications.
Il connaît bien la côte :
– Cap Détourner
– Plage des Faux Prétextes
– Lagune de la Procrastination Sacralisée
Il s’y promène sans but précis, carnet en main, toujours « en train de réfléchir ».
Et surtout : jamais en train d’agir.
Sur les falaises qui bordent le golfe, on lit des inscriptions effacées par les embruns :
“Je voulais te parler, mais je ne savais pas comment.”
“Ce n’était pas le bon moment.”
“Je devais attendre d’être prêt.”
Le Golfe de l’Évitement n’est pas vide.
Il est peuplé de versions de soi en attente.
Certaines patientent depuis des années.
D’autres ont oublié pourquoi elles attendaient.
Cobra leur parle parfois.
Mais toujours en parabole.
Jamais frontalement.
Au centre du golfe : une île minuscule, invisible depuis la rive.
On l’appelle l’Îlot du Vrai Sujet.
Presque personne n’y va.
“Tu pourrais nager jusque-là.”
— Oui, mais l’eau est froide.
— Et ?
— Et j’ai oublié comment on traverse ce genre de distance.
Le ciel y est changeant.
Il annonce souvent une tempête qui ne vient jamais.
Mais qui suffit à justifier de ne rien tenter.
Cobra inscrit dans son carnet, page 47 :
“Je ne suis pas lâche.
Je suis fin stratège de l’évitement.”
Puis il rature.
Puis il réécrit :
“Je suis juste fatigué d’avoir toujours une bonne excuse.”
🜃 Le Golfe de l’Évitement ne se franchit pas.
Il s’apprivoise… ou il se quitte en silence.
— C.