Journal des Apparitions — Fragment 07
Elle n’a ni battant, ni poignée, ni cadre fixe.
Elle apparaît.
Souvent à la limite d’un rêve ou d’un souvenir.
Parfois dans le coin d’une pièce trop silencieuse,
ou sur un mur qu’on pensait aveugle.
Cobra l’a vue pour la première fois à l’intérieur d’un rêve égaré.
Un rêve qui n’était pas le sien.
Il marchait dans un couloir de sable.
Les murs respiraient.
Et là, devant lui : une porte dessinée à la craie,
tremblante, incomplète, mais indéniablement présente.
Il a voulu l’ouvrir.
Mais la craie s’effaçait sous ses doigts.
Et la porte, au lieu de s’ouvrir…
s’estompa.
“Tu ne peux passer que si tu n’existes plus comme avant,”
a soufflé une voix qui n’était pas dite.
Depuis, Cobra la cherche.
Non pas pour entrer quelque part,
mais pour comprendre ce qu’elle exige.
On raconte que cette porte mène à un lieu d’oubli actif.
Pas l’amnésie.
L’abandon volontaire.
L’art de poser un pan de soi au sol,
comme on dépose un manteau trop lourd pour continuer le voyage.
Un jour, il l’a retrouvée.
Dans un miroir embué.
La craie n’était plus visible,
mais la forme était là — esquissée par l’absence de sens.
Il s’en est approché.
A tendu la main.
Et alors, il s’est entendu penser :
“Qu’es-tu prêt à ne plus être pour franchir cette porte ?”
Il a reculé.
Pas par peur.
Par respect.
Car cette porte ne mène pas vers.
Elle mène au-delà.
Plus tard, dans une ruelle mentale,
Cobra a rencontré une femme aux yeux cousus.
Elle lui a dit :
— « La porte ne s’ouvre pas quand tu la touches.
Elle s’ouvre quand tu n’es plus celui qui voulait l’ouvrir.«
C’est ainsi.
Elle n’a pas de serrure.
Elle n’est même pas sûre d’être réelle.
Mais certains soirs,
quand l’identité se fendille,
et que le silence devient poreux…
elle apparaît.
Et chaque apparition est une question.
Cobra sait qu’il la passera un jour.
Mais pas en l’ouvrant.
En cessant de la chercher.
Et ce jour-là, peut-être,
il découvrira que de l’autre côté
il n’y a rien d’autre
que ce qu’il avait déjà quitté.